Le guide complet des vinyles de The 13th Floor Elevators
The 13th Floor Elevators ont laissé une discographie réduite, mais l’un des catalogues les plus disputés et les plus déroutants du rock psychédélique américain. Les pressages originaux d’International Artists sont rares, abondamment contrefaits et souvent très usés : les détails du label, le deadwax et la fabrication de la pochette sont donc essentiels. Pour les collectionneurs, l’attrait est évident : un groupe fondateur du psychédélisme, dont les meilleurs disques sonnent bruts, instables et profondément liés au format LP d’origine.
Pourquoi le catalogue des Elevators compte en vinyle
Pour un groupe actif de 1965 à 1969 seulement, The 13th Floor Elevators ont exercé une influence disproportionnée sur la collection de disques psychédéliques. Leurs trois albums studio majeurs, quelques singles contemporains et les parutions live et d’archives ultérieures chez International Artists ont constitué un catalogue au croisement du garage, de l’acid rock, de l’histoire des pressages régionaux texans et du chaos des labels de réédition. C’est cette combinaison qui pousse les collectionneurs sérieux à revenir sans cesse vers ces disques, même lorsque des rééditions plus propres et moins chères sont faciles à trouver. La série de LPs essentielle comprend The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators, paru en 1966, Easter Everywhere, sorti en 1967, et Bull of the Woods, publié en 1969. Il faut y ajouter d’importants 45 tours hors album, notamment le single original “You’re Gonna Miss Me”, ainsi que les albums live et compilations parus au fil des époques, qui brouillent les pistes pour les acheteurs débutants. Le label International Artists est lui-même au cœur de l’histoire. Ce petit label texan était réputé pour ses fabrications irrégulières et a connu par la suite des complications de propriété, ce qui explique en partie l’omniprésence des variantes de pressage, des différences de pochette et des rééditions douteuses. Les collectionneurs y attachent de l’importance parce que les disques originaux sont ce qui se rapproche le plus d’un document de première main sur le son du groupe : la voix de Roky Erickson qui se brise sur les bords, la cruche électrique de Tommy Hall qui pulse dans le mixage et une production fragile et saturée, capable de sonner d’une immédiateté saisissante sur un authentique pressage d’époque. Le marché en témoigne. Même si la qualité sonore d’un original est imparfaite, sa rareté et son importance historique entretiennent une forte demande.
Pressage clé : The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators
C’est la pierre angulaire de tout le catalogue et reste le disque que la plupart des collectionneurs traquent en premier. Paru en 1966 chez International Artists, The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators existe en suffisamment de variantes pour justifier une étude obsessionnelle, mais la règle générale est simple : les véritables exemplaires originaux des années 1960 sont rares, chers et régulièrement confondus avec des pressages ultérieurs ou des bootlegs. Un exemplaire d’époque légitime doit présenter tous les indices d’un pressage américain du milieu des années 1960 sur le label International Artists, avec un papier, une impression et un deadwax cohérents avec son âge, plutôt que l’aspect plus net et standardisé des reproductions beaucoup plus récentes. Les différences entre mono et stéréo sont importantes. Comme pour nombre de disques psychédéliques et garage du milieu des années 1960, les exemplaires mono dédiés ou d’époque bénéficient souvent de la plus forte prime auprès des collectionneurs, à la fois parce qu’ils sont plus rares et parce que beaucoup d’auditeurs préfèrent leur restitution plus percutante. Les originaux stéréo sont eux aussi très recherchés, mais la hiérarchie exacte dépend de l’état et du moment du marché. La fabrication de la pochette, la typographie du label et les informations de matrice doivent toutes correspondre aux fiches Discogs documentées : ce n’est pas un titre que l’on achète à la légère sur une photo en ligne floue. Côté valeur, un original authentique mais usé peut tout de même atteindre un prix conséquent. Les exemplaires VG très fatigués commencent souvent dans les hauts centaines de dollars, tandis que les véritables VG+ en très bel état se situent généralement dans le bas ou le milieu des quatre chiffres, les meilleurs exemplaires pouvant dépasser ce niveau. Les rééditions de labels d’archives réputés sont bien moins chères, généralement autour de $20 à $50, et constituent le choix raisonnable pour l’écoute si l’originalité n’est pas votre priorité.
Pressage clé : Easter Everywhere
Si The Psychedelic Sounds est le premier album emblématique, Easter Everywhere est souvent considéré par les auditeurs chevronnés comme le sommet artistique du groupe. Sorti en 1967 chez International Artists, il associe l’atmosphère hallucinatoire du groupe à une écriture plus forte et plus aboutie, notamment avec leur version de “It’s All Over Now, Baby Blue” et “Slip Inside This House”. Pour les collectionneurs, il est tout aussi important que le premier album et parfois tout aussi difficile à trouver dans un état honnête. Les exemplaires originaux doivent là encore être abordés avec prudence. Les pressages d’International Artists peuvent présenter des irrégularités de fabrication, et il n’existe donc pas de raccourci infaillible. Il faut rechercher des indices d’époque cohérents sur tous les éléments : un dessin de label correspondant à la période, une impression de pochette qui ne semble pas fraîchement reproduite et des inscriptions dans le deadwax correspondant à des éditions authentifiées. Les contrefaçons et pressages non officiels circulent depuis des décennies, souvent avec une pochette légèrement baveuse, des polices incorrectes ou un vinyle trop moderne pour un prétendu exemplaire de 1967. Certaines rééditions sont clairement identifiées, d’autres beaucoup moins. Les collectionneurs surveillent également les exemplaires promotionnels ainsi que les variantes à label blanc ou destinées aux stations de radio lorsqu’elles sont documentées, car leur authenticité irréfutable peut justifier une prime. Sur le marché actuel, un original d’Easter Everywhere en état VG atteint couramment plusieurs centaines de dollars, tandis que les beaux exemplaires VG+ peuvent passer dans les quatre chiffres. Les rééditions sous licence plus récentes et en bon état restent beaucoup plus abordables et constituent souvent la meilleure option pour les auditeurs qui veulent la musique sans le risque lié à un exemplaire original d’International Artists.
Pressage clé : Bull of the Woods et les derniers LPs d’International Artists
Bull of the Woods, paru en 1969, est le dernier LP studio majeur et un disque plus complexe tant sur le plan musical que pour la collection. À ce stade, le groupe se fragmentait, le rôle de Roky Erickson avait diminué et l’album ressemble moins à une œuvre unifiée que les deux premiers. Il a donc toujours été un titre un peu moins mythique, mais les exemplaires originaux restent recherchés, car les quantités pressées n’étaient pas importantes et les copies survivantes sont souvent très abîmées. Pour les collectionneurs qui cherchent à compléter la trilogie studio, il est incontournable. Un Bull of the Woods d’époque authentique sur International Artists doit être évalué avec la même attention que les deux premiers albums : label, pochette, deadwax et profil général de fabrication. Comme le titre n’a jamais bénéficié du même statut iconique de pochette que le premier album, certains acheteurs baissent leur garde, alors que des éditions non officielles circulent bel et bien. Les originaux authentiques atteignent généralement moins que les premiers pressages de The Psychedelic Sounds ou d’Easter Everywhere, mais ils sont loin d’être bon marché. Un exemplaire VG correct se situe souvent aux alentours de $150 à $350, tandis que les copies plus propres vont couramment de $400 à $800, voire davantage, selon leur complétude et le degré de certitude concernant le pressage. Les collectionneurs croiseront également des LPs live et posthumes rattachés au catalogue d’International Artists, notamment Live et d’autres compilations d’archives. Ils présentent un intérêt historique, mais sont nettement moins essentiels. Certains sont collectionnés comme objets témoins du label, mais il ne faut pas les confondre avec les trois albums studio fondamentaux, qui restent au centre du marché.
Singles, promos et niveau des collectionneurs pointus
Les Elevators étaient un grand groupe de singles, et les collectionneurs sérieux finissent par traquer les 45 tours avec autant d’ardeur que les LPs. Le titre phare est évidemment “You’re Gonna Miss Me”, l’un des singles garage-psych américains emblématiques des années 1960. Les pressages originaux d’International Artists sont très recherchés, surtout lorsqu’ils sont en bon état de lecture, avec des labels intacts et, si elle est présente, la pochette d’origine du label. Des singles suivants comme “Reverberation”, “Before You Accuse Me”, “Fire Engine” et d’autres titres propres à cette période peuvent également avoir une belle valeur, notamment lorsqu’ils contiennent des mixages ou des montages différents de ceux des LPs, ou sont simplement bien plus difficiles à trouver que les albums. Les exemplaires promotionnels comptent ici. Les promos à label blanc, tampons de stations de radio, bandes de minutage et marquages de distributeurs peuvent augmenter ou diminuer la valeur selon l’acheteur. Pour un 45 tours de 13th Floor Elevators véritablement rare, une promo authentifiée suscite souvent davantage d’intérêt, car elle renforce l’authenticité d’époque et l’histoire du label. L’état est particulièrement crucial pour les 45 tours : beaucoup d’exemplaires survivants ont servi dans des jukebox ou lors de soirées et présentent une usure du sillon qui affecte la lecture. Les fourchettes de prix sont larges. Les 45 tours de réédition les plus courants peuvent se vendre moins de $20, mais les originaux authentiques des années 1960 des singles clés atteignent souvent de $100 à plusieurs centaines de dollars, selon le titre et l’état. Les exemplaires les plus rares et les mieux conservés peuvent dépasser ces montants, mais les chiffres varient trop pour être généralisés sans risque. Pour ce groupe, le deadwax et le dessin du label sont tout aussi importants sur les singles que sur les LPs.
Ce qui détermine la valeur : état, rareté, variantes de pochette et pays
L’état est le principal facteur de prix, car tant de disques originaux des Elevators ont survécu dans un état compromis. Cette musique a été achetée par de jeunes auditeurs, beaucoup écoutée et souvent mal stockée. Un exemplaire simplement présentable peut tout de même souffrir d’une forte usure du sillon, de distorsion sur la voix de Roky Erickson et de crépitements dans les passages plus calmes. Comme la demande est forte, l’écart de prix entre VG et VG+ est important, et les véritables exemplaires Near Mint sont exceptionnels. Demandez toujours si la gradation est uniquement visuelle ou si le disque a été évalué à l’écoute. La rareté vient ensuite. Les pressages américains originaux d’International Artists bénéficient de la principale prime, puisqu’il s’agit d’éditions du premier marché issues d’un petit label à l’histoire relativement chaotique. Les pressages étrangers peuvent être collectionnés pour eux-mêmes, surtout lorsqu’ils sont contemporains et peu courants, mais les originaux américains restent la référence. Les variantes de pochette, les marquages promotionnels et l’emballage original complet peuvent également faire varier fortement les prix. Une pochette propre, sans déchirure au niveau des tranches, sans marques de cercle ni inscriptions, est un atout majeur pour tout LP des Elevators. À titre indicatif, les rééditions modernes courantes des albums studio s’échangent généralement autour de $20 à $40, certaines éditions audiophiles ou d’archives haut de gamme pouvant coûter davantage. Les LPs originaux authentiques dans un état usé mais collectionnable peuvent commencer autour de $150 pour les titres les moins demandés et grimper rapidement jusqu’à $500 à $1,500 pour les albums clés. Les meilleurs premiers pressages, surtout les exemplaires mono en très bon état, peuvent dépasser ces montants. La provenance et la crédibilité du vendeur comptent presque autant que le disque lui-même.
Histoire des rééditions, bootlegs et pièges pour les nouveaux acheteurs
Peu de catalogues psychédéliques ont été réédités, reconditionnés et piratés aussi intensément que celui-ci. C’est une bonne nouvelle si vous voulez simplement écouter la musique, mais un vrai danger si vous payez le prix d’un pressage original. Depuis les années 1970, de nombreuses éditions non officielles ou semi-légitimes sont apparues, avec une qualité sonore et une présentation variables. Certaines sont faciles à repérer : les pochettes paraissent délavées ou les labels n’imitent pas fidèlement les originaux d’International Artists. D’autres sont plus trompeuses et comptent sur le fait que l’acheteur ne vérifiera pas les détails de matrice ou la qualité du papier. La méthode la plus sûre consiste à connaître les quelques collections de rééditions modernes dignes de confiance et à traiter tout le reste avec prudence. Les éditions liées à Charly, diverses parutions d’archives et les rééditions sous licence plus tardives ont permis de maintenir le catalogue disponible, même si les avis divergent sur la qualité du mastering et les sources utilisées. Elles peuvent constituer de bonnes copies d’écoute, mais doivent être tarifées comme des rééditions et non comme des objets vintage de collection. Les annonces aux descriptions ambiguës, utilisant des termes comme “rare”, “style original” ou “pressage vintage” sans date clairement indiquée, sont à éviter. Avant d’acheter un exemplaire coûteux, comparez précisément la disposition du label, le texte du dos, le verso de la pochette et le deadwax avec des fiches documentées. Un rapide scan photo dans VinylAI peut aider à identifier les correspondances probables avant de vous engager, mais pour ce groupe, un examen humain reste indispensable. Si un prétendu original paraît anormalement propre, présente une impression étrangement vive ou provient d’un vendeur incapable de photographier le runout, passez votre chemin.
Conseils pratiques et méthode pour constituer une collection intelligente des Elevators
Commencez par décider si vous constituez une collection destinée à l’écoute, une collection de pressages originaux, ou les deux. Pour écouter, une réédition moderne propre de The Psychedelic Sounds et Easter Everywhere offrira généralement bien plus de plaisir par dollar qu’un original bruyant. Pour collectionner, faites passer l’authenticité avant la beauté visuelle des photos d’annonce. Un exemplaire International Artists usé mais incontestablement authentique constitue en général un meilleur achat qu’une copie brillante et douteuse dépourvue d’informations sur le runout. Évaluez soigneusement la réputation du vendeur. Les spécialistes du garage, du psychédélisme et du rock texan décrivent généralement ces disques avec plus de précision que les vendeurs généralistes d’antiquités ou de successions. Posez des questions directes : le disque a-t-il été évalué à l’écoute ? Y a-t-il des marques de broche ? Que trouve-t-on dans le deadwax ? Les tranches sont-elles fendues ? La pochette est-elle mate ou brillante ? Présente-t-elle des signes de rognage ou de reproduction ? Si le vendeur ne peut pas répondre, considérez que le risque est élevé. Discogs est utile pour comparer les variantes, mais les erreurs de référencement existent : ne vous fiez jamais au seul numéro de catalogue. Une progression judicieuse consiste à acheter d’abord une réédition fiable de chacun des albums majeurs, puis à passer progressivement aux originaux, au gré de vos connaissances et de votre budget. Surveillez aussi les singles : ils peuvent parfois constituer une porte d’entrée plus abordable vers les pressages authentiques des Elevators des années 1960 que les LPs. Et stockez soigneusement vos originaux : ce ne sont pas seulement des disques coûteux, mais aussi des survivants fragiles d’un label qui n’a jamais été réputé pour la robustesse de ses fabrications.
Pourquoi le vinyle compte davantage pour les Elevators que pour beaucoup de leurs contemporains
The 13th Floor Elevators fait partie de ces groupes dont la réputation s’est construite autant à travers l’objet que par le répertoire. Leurs disques étaient régionaux, mystérieux et difficiles à trouver pendant des années : l’objet lui-même est donc devenu partie intégrante de la mythologie. Les pressages originaux d’International Artists préservent ce contexte d’une manière que les fichiers numériques ne peuvent reproduire : le dessin de label singulier, l’impression rudimentaire, les durées compactes et l’ordre des morceaux tel que les acheteurs de l’époque l’ont découvert. Il y a également un argument sonore. Les enregistrements des Elevators ne sont pas des démonstrations de studio policées : ils sont denses, saturés et étrangement physiques. Sur vinyle, surtout avec des exemplaires d’époque, cette texture peut sembler indissociable de la musique plutôt qu’un simple effet secondaire. La distorsion, l’image étroite et l’impact compressé participent à la volatilité de titres comme “You’re Gonna Miss Me” ou “Slip Inside This House”. Même lorsqu’une réédition est techniquement plus propre, certains collectionneurs préfèrent le caractère instable d’un pressage vintage, parce qu’il correspond à l’esthétique du groupe. C’est pourquoi ce catalogue reste un rite de passage pour les collectionneurs de psychédélisme. Vous n’acquérez pas seulement des chansons. Vous explorez l’un des ensembles d’œuvres les plus importants historiquement et les plus complexes matériellement du rock underground américain, où chaque pressage raconte quelque chose sur le groupe, le label et la postérité du psychédélisme des années 1960 sur le marché de la collection.